Église & soins : écouter vraiment, déculpabiliser, orienter

Contexte – Conférence – Santé mentale (Partie 5) (26 juillet 2025, Centre Culturel pour l’Évangélisation – CCE, Libreville), dans le cadre de Bâtir 2025, conférence des serviteurs de Dieu (24–27 juillet 2025).


La psychothérapie de soutien de base est à la portée de tous : se mettre à hauteur, demander « est-ce que tu vas bien ? » et attendre la réponse. Lever la culpabilité, éviter l’activisme qui épuise, et organiser les relais (anciens, psychologues, psychiatres, médecins).

Soutien de base (pour tous)
La première aide, c’est l’accueil sans jugement. En crise d’angoisse, ne pas dire « calme-toi ». Se mettre au niveau, capter le regard, dire : « je vois que tu as un problème, dis-moi si je peux t’aider ».
La personne en souffrance est d’abord une brebis du Seigneur. Prendre soin d’elle est une grâce et une responsabilité : éviter le jugement et la critique, s’approcher avec amour.

Déculpabiliser, rappeler la dimension biologique
« Vous avez fait exprès d’avoir une dépression ? […] Pourquoi vous vous sentez coupable de quelque chose que vous n’avez pas cherché ? »
« Le Seigneur ne les a pas abandonnés. »
L’orateur souligne : la dépression, ce n’est pas « dans la tête », c’est dans le cerveau (organe). On peut servir le Seigneur même dans la maladie (« Si tu étais dans une chaise roulante… »).

Consentement et violences conjugales (point souligné par l’orateur)
« Il faut bien comprendre une chose, les hommes : tant qu’elle n’a pas dit oui, c’est non – même votre femme, surtout votre femme. Si vous êtes mariés et que vous voulez avoir un rapport avec votre femme, il faut qu’elle soit d’accord. Ce n’est pas un devoir ou une obligation conjugale. Le droit conjugal, ça ne vient pas de la Bible. Il existe énormément de viols conjugaux où le mari impose sa sexualité à sa femme, alors que la sexualité, c’est un partage, c’est même une découverte de l’autre. C’est extrêmement important d’avoir un dialogue, une complicité avant, et surtout un accord. Quand vous vous figez, vous pouvez même avoir une amnésie de l’événement, et vingt ans plus tard, ça vous revient ; vous ferez des crises d’angoisse, vous ne saurez pas pourquoi, et vingt ans plus tard ça revient. »

Éviter l’activisme épuisant (“burn-out chrétien”)
Servir selon ce que le Seigneur a vraiment demandé ; sinon, l’hyper-activité épuise et n’édifie pas.

Relais vers les professionnels
Le psychiatre est le médecin (médicaments) ; le psychologue fait les thérapies (TCC, EMDR…). C’est un binôme. Pour légitimer la démarche et lever le tabou, le médecin peut prescrire par écrit un suivi psychologique (ordonnance).
« La dépression, ce n’est pas “dans votre tête”, c’est dans votre cerveau. »

Procédure fraternelle (référence donnée à la Bible)
« Comme on peut le lire dans la Bible : si on voit que quelqu’un est trouvé en faute, on demande à un frère de venir avec nous ; si cela persiste, on demande aux anciens. »
Ce cadre inspire aussi la façon d’accompagner vers une consultation quand la personne refuse ou hésite.

Cas pratiques rappelés par l’orateur

  • Couple : si un conjoint devient mutique et triste, envisager une dépression ; responsabilité du mari/de l’épouse d’accompagner en consultation (avec l’appui des anciens si besoin).
  • Jeunes & réseaux sociaux : harcèlement, « effet meute » (likes complices). Sortir de l’escalade violente en valorisant maîtrise et dialogue.
  • Après avortement ou viol : quel que soit le cadre (IVG/IMG/ITG), un accompagnement psychologique est indispensable. Réactions fréquentes de sidération/dépersonnalisation, parfois amnésie avec retours tardifs ; thérapies souvent longues (EMDR…).
  • Urgences infectieuses vs psychiatrie : en cas de suspicion de neuropaludisme (ou neurosyphilis/VIH/encéphalite), prioriser le traitement organique, puis réévaluer le psy.

Orientation et suivi
Informer que, sous antidépresseur, les 2 premières semaines sont souvent dominées par des effets indésirables avant les bénéfices ; insister sur les rendez-vous rapprochés au début et éviter les arrêts précoces. Référer dès que le problème dépasse ses compétences ; respecter ses limites et travailler en coopération (anciens, psychologues, psychiatres, médecins).

Repère pastoral pratique

Église = lieu sûr : écouter vraiment, déculpabiliser, protéger (y compris dans le couple), orienter au bon moment, soutenir dans la durée. Les troubles sont fréquents et graves, mais traitables ; beaucoup guérissent. L’espérance demeure au cœur de l’accompagnement.



Dr Damien STECIUK

Médecin (docteur d’État), spécialiste de médecine générale.

Membre de l’équipe CTMI.

Master en immunologie – intérêt : diabétologie.

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