Contexte – Conférence – Santé mentale (Partie 2) (26 juillet 2025, Centre Culturel pour l’Évangélisation – CCE, Libreville), dans le cadre de Bâtir 2025, conférence des serviteurs de Dieu (24–27 juillet 2025).
La dépression est la pathologie la plus fréquente en santé mentale : environ 15 % (≈ 1 sur 6). Elle peut toucher tout âge (jusqu’à 2 ans ½ dans un contexte familial dramatique) et même mimer une démence chez la personne âgée. Une personne sur cinq évolue vers une forme chronique et 15 % des patients se suicident. Grave, oui – mais très traitable, et souvent guérissable.
Fréquence, âges, différences
La dépression peut survenir à n’importe quel âge. L’intervenant cite un enfant de 2 ans ½. Chez des personnes âgées, un tableau dépressif peut faire croire à un Alzheimer ; un antidépresseur a, dans un cas rapporté, fait disparaître les signes (« il a guéri de son Alzheimer, ce qui n’est pas possible »). Elle semble plus fréquente chez la femme (différences neurobiologiques évoquées).
Signes à repérer
- Somatiques : fatigue, plaintes corporelles, troubles de l’appétit/du poids, troubles sexuels, agitation ou ralentissement, troubles du transit, bouche sèche.
- Psychiques : humeur dépressive, pleurs, mélancolie, pessimisme/désespoir, perte d’intérêt et de plaisir (anhédonie), culpabilité.
- Sommeil : réduction typique de 2 à 4 h.
- Anxiété : présente dans ~90 % des syndromes dépressifs.
Des idées délirantes peuvent exister (ruine, hypocondrie) sans exclure la dépression.
Pièges diagnostiques
Une hypothyroïdie peut mimer une dépression (exemple : TSH à 25, disparition du tableau sous hormone thyroïdienne). Douleur thoracique et oppression : penser syndrome coronaire aigu — les symptômes se confondent avec une crise d’angoisse.
Mécanique émotionnelle & risque suicidaire
Deux émotions « pures » traitées rapidement par l’amygdale : peur et colère. Un cerveau coincé dans ces états s’épuise ; vient la tristesse. Certains adolescents se scarifient : la douleur peut détourner la tristesse (« je me sens vivant »). La persistance de la tristesse mène aux idéations suicidaires, puis au suicide.
« Le pire, c’est le suicide… Quand on arrive aux idées suicidaires, c’est que nous autres médecins, on a été en retard. »
Évolutions possibles
- Épisode dépressif majeur : chute durable (4–8 mois), remontée incomplète sans traitement → risque de chronicisation.
- Trouble dysthymique : humeur basse ≥ 2 ans.
- Double dépression : épisode majeur sur dysthymie (prise en charge plus complexe).
Après un épisode, risque de rechute ; l’avantage des patients déjà passés par là est de reconnaître plus vite les signes.
Prise en charge
- Antidépresseurs : prévenir que les 2 premières semaines sont dominées par les effets indésirables avant les bénéfices ; les molécules récentes sont mieux tolérées et efficaces.
- Psychothérapies : TCC, EMDR, etc. Différencier le psychiatre (médicaments) et le psychologue (thérapies).
- Soutien & suivi : écoute de base (voir Post 5), doses adéquates, durées suffisantes, rendez-vous rapprochés au début ; éviter les arrêts précoces.
Culpabilité & foi
« Vous avez fait exprès d’avoir une dépression ? […] Pourquoi vous vous sentez coupable de quelque chose que vous n’avez pas cherché ? »
« Le Seigneur ne les a pas abandonnés. »
Témoignage rapporté : « Si tu étais dans une chaise roulante, est-ce que tu m’aurais servi ? […] On peut servir le Seigneur, même si on est dans un état de dépression. »
Pathologie fréquente et grave, la dépression se soigne et se guérit souvent. L’enjeu est de reconnaître tôt les signes, ôter la culpabilité, traiter et accompagner.
Dr Damien STECIUK
Médecin (docteur d’État), spécialiste de médecine générale.
Membre de l’équipe CTMI.
Master en immunologie – intérêt : diabétologie.




